Institut des Territoires Coopératifs

1 novembre 2018 – Ce que nous disent les absents

Lors des rencontres avec les collectifs, le protocole de l’Observatoire de l’Implicite se termine par un tour de table final que nous appelons le “retour nourrissant”. Ce petit jeu de mot nous permet de traduire le terme anglais de “feedback” dans son intégralité. Habituellement traduit par “retour” (back), un feedback n’a de valeur que s’il permet de “nourrir” (feed) les participants. Il est nourrissant pour ceux qui l’écoutent. Il est également et surtout nourrissant pour celui qui l’exprime, qui s’entend ainsi verbaliser et donc ancrer son apprentissage.

L’une des 3 questions du feedback invite chacun à exprimer ce que la rencontre lui a permis de comprendre, et lui a apporté d’utile. Utile ne veut pas dire intéressant ! Utile signifie dont l’emploi répond, satisfait à un besoin. Exprimer quelque chose d’utile c’est donc pointer ce qui peut servir pour agir.

La deuxième proposition aux participants est de s’interroger sur ce qui leur a éventuellement manqué durant la rencontre. Cette question, qui va chercher ce qui aurait pu être utile, va leur permet d’explorer un peu plus leur besoin.

Deux réponses sont fréquentes. Le premier manque : le temps ! Même lorsqu’il a été difficile de mobiliser le collectif une soirée et une journée entière, ou que les acteurs ont tenté de réduire le temps de la rencontre… même dans ces situations-là, ils regrettent toujours de n’avoir pas eu assez de temps. Quel temps accorde-t-on aux choses qui ont du sens ?…

Le deuxième manque : les autres ! Immanquablement, les participants expriment qu’ils auraient aimé avoir d’autres personnes autour de la table. D’autres qui auraient pu exprimer des opinions différentes, témoigner de manière différentes de vivre le projet, d’autres formes d’engagements, exprimer des positions de perception différentes… En exprimant ce manque, les acteurs explorent certaines limites de leur coopération. Elles peuvent être la tentation de l’entre-soi, l’incapacité à aller chercher certains types d’acteurs, la difficulté à rassembler des opinions différentes, la verticalité des processus, la perception que certains rôles sont plus importants que d’autres, le fait de se formuler et d’imaginer des réponses que nous ferait l’autre plutôt que de l’interroger…

Ce que nous disent ceux qui ne sont pas là est souvent révélateurs de dialogies mal équilibrées : pas assez de diversité, pas assez de penser ensemble, trop d’importance donnée aux rôles, des comportements qui diffèrent des intentions… Leur absence en fait, nous parle de nous-mêmes et de nos propres limites.


Fatigués et éprouvés par une météo difficile, nous choisissons de relier Chaumont en train  pour retrouver des forces pour les 10 derniers jours d’itinérance, avec le retour du soleil sur la vieille ville.

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