Institut des Territoires Coopératifs

20 septembre – Coodémarrage 53

Laval (Mayenne) – Rencontre avec la coopérative d’activités et d’emploi Coodémarrage 53

Son action

Coodémarrage 53 est une coopérative d’activités et d’emploi, “ce qui fait d’elle une coopérative d’entrepreneurs autonomes. Elle s’adresse à tous ceux et celles qui ont un projet d’activité économique ou le désir de créer leur propre emploi à partir de leur savoir faire. Elle offre ainsi une alternative à la création d’entreprise classique : rejoindre une entreprise partagée.”

Créée en 2003, Coodémarrage est aujourd’hui une SAS sous statut SCOP (Société Coopérative et Participative). Généraliste, elle regroupe près de 100 entrepreneurs qui exercent des activités variées : services, artisanat, commerce, service à la personne (en collaboration avec la coopérative Coop chez Vous), bâtiment (en collaboration avec Élan Bâtisseur) etc. Elle propose un hébergement et un accompagnement à la création d’activités généralistes ou spécialisées et se veut est actrice du développement local et durable du département.

Coodémarrage est affiliée à Coopérer pour Entreprendre,

Ce qu’ils retiennent de la journée

Des résonances avec nos travaux

Avec tous les collectifs que nous rencontrons désormais, nous reprenons dans notre journal d’itinérance trois points clés que la rencontre a permis d’explorer et de questionner.

La vidéo de clôture de notre journée à Coodémarrage met en lumière un élément essentiel du processus coopératif : la dialogie entre “Agir ensemble et Penser ensemble”.  Dans son intervention finale capturée dans la vidéo ci-dessus, chacun des participants évoque le temps dédié à l’échange, à la connaissance de l’autre, à la réflexion commune. La plupart de nos organisations savent l’importance de ces temps, parlent régulièrement de les organiser, mais n’y parviennent pas, ou tout au moins pas suffisamment. Pourtant ces temps d’introspection individuelle et collective sont essentiels, qu’il s’agisse comme le souligne Marina, de connaître les motivations profondes de chacun pour participer à l’aventure collective, ou comme le soulignent Marie et Mylène d’accéder à la compréhension humaine (*) des autres (comment nous vivons les choses, comment on raconte où on en est…), ou encore comme le dit Nolwenn de dire des choses importantes qui « trottent dans la tête, sans savoir comment les formuler ». Ces espaces sont essentiels, et pourtant nous avons du mal à les créer. « Ça ne vient pas comme ça », de créer « un espace où tout peut se dire ».  Ça peut même mettre dans l’inconfort, comme l’exprime René. Apprendre à créer des espaces de compréhension humaine est indispensable à l’aventure collective. On ne peut être co-auteur d’une œuvre commune qu’en apprenant aussi à penser ensemble. Agir ensemble ne suffit pas, et cela implique parfois de savoir mettre l’action en pause, pour mieux agir après. Ces temps sont rares, mais quand on se les offre, on en redemande !

La deuxième réflexion que nous souhaitons évoquer à chaud concerne ce que nous pourrions appeler le paradoxe de la CAE : une entreprise partagée et constituée d’initiatives individuelles. Dans le protocole de l’Observatoire de l’Implicite, les questions sont formulées de telle sorte que les participants choisissent le cadre de leur réponse. Par exemple, ils peuvent aussi bien répondre à la question sur leur raison d’être là en évoquant leur motivation à participer à notre journée, à faire part de la coopérative, ou à créer l’activité professionnelle qui est la leur. Dans la plupart des collectifs, les participants choisissent pour cadre ce qui les réunit. Dans la plupart des CAE que nous avons rencontrées, ils choisissent plutôt de parler de leur activité d’entrepreneur. Pour que la coopérative devienne un lieu de coopération, il faut une œuvre commune. Celle-ci est beaucoup plus rarement évoquée, et parfois pas du tout. Quelle est l’œuvre commune de la CAE ? Comment est-elle pensée ? Par qui ? Quel est le projet coopératif de la coopérative ? Toute ces questions nous semblent nécessaires à explorer pour faire naître la coopération dans une CAE.

Notre troisième remarque est directement liée à Coodémarrage, et traite de la notion du pouvoir. Cette question du pouvoir n’a jamais été directement évoquée à Coodémarrage… C’est au détour de témoignage, au cœur de la discussion, que l’on apprend que Coodémarrage a une co-présidence ; que les co-présidents ont été désignés via un processus d’élection sans candidat ; ou que la directrice (qui fut gérante lorsque la structure était plus petite) est choisie par vote des associés. Au cours de la discussion, l’une des participantes dit « je crois que le pouvoir corrompt, et donc il faut le confier à ceux qui ne le désirent pas ». Alors que dans certains collectifs, la question du pouvoir fait l’objet de beaucoup d’échanges, ici, pas du tout. Il semble régner une sorte de fluidité (dans les entrées-sorties ou dans les relations avec d’autres structures par exemple), un leadership partagé. Souvent nous avons observé que lorsque dans un collectif, on parle beaucoup d’un sujet, c’est qu’il est important mais qu’il n’est pas réellement traité dans les faits. Ici, on ne parle pas de pouvoir, de leader ou de leadership. On n’en parle plus…


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